Comment déléguer son business à l’IA sans perdre le contrôle : les conseils de Marjolaine Grondin

12 Oct 2026

Aujourd’hui, on va voir comment déléguer son business à l’IA sans tomber dans le piège de la dispersion permanente. Parce que oui, l’intelligence artificielle permet de faire plus de tâches, plus vite, mais elle peut aussi devenir une source de bruit si on ne sait pas exactement ce qu’on cherche à obtenir. Beaucoup d’entrepreneurs se sentent dépassées par l’IA, ne savent pas par où commencer, ou au contraire multiplient les automatisations sans jamais les regarder. Cet article a pour promesse de vous donner une méthode claire pour identifier les bonnes tâches à déléguer, construire de vrais agents IA utiles à votre business, et retrouver du temps pour ce qui compte vraiment.

Pour en parler, j’ai reçu Marjolaine Grondin, fondatrice de Jam (une référence du chatbot avant l’explosion de ChatGPT), aujourd’hui créatrice du Bootcamp IA. On y parle de posture face à l’IA, de la fameuse nuit blanche du cowork, de la règle des 20 % qui comptent vraiment, des agents concrets qu’elle utilise au quotidien, et de la limite à ne pas franchir entre déléguer et sous-traiter sa voix. Allez, c’est parti !

QUI EST MARJOLAINE GRONDIN ?

Marjolaine Grondin a fondé Jam à 23 ans, après avoir levé un million d’euros. Jam était, à l’époque, le leader du chatbot : plus de 900 000 utilisateurs, 380 millions de messages échangés. C’était, comme elle le dit elle-même, un peu la vision de ChatGPT avant l’heure, mais sans la technique, ni les moyens de l’époque actuelle. Ce projet lui a valu une place dans Forbes, un TEDx au Grand Rex en 2016, et la revente de son entreprise autour de 29-30 ans.

Aujourd’hui, elle a mis de côté les conférences pour se consacrer entièrement à son Bootcamp IA. Un choix radical car les conférences représentaient environ un quart de ses revenus l’année précédente, et elle a décidé de les réduire à zéro pour 2026 afin de se concentrer sur ce seul projet. Ce que ça montre, c’est qu’à un moment, pour obtenir des résultats sur un sujet, il faut accepter de s’y dédier à fond plutôt que de disperser son énergie sur plusieurs fronts à la fois.

POURQUOI L’IA PEUT ACCENTUER LA DISPERSION PLUTÔT QUE LA RÉSOUDRE

C’est le point de départ de toute la conversation : l’IA permet de faire plus de tout. Plus de tâches, plus de projets, plus de données. Et c’est justement ce qui pose problème si on n’a pas de cap clair. Marjolaine explique que cette capacité à tout faire crée une forme de FOMO (la peur de rater quelque chose) : on a l’impression de ne jamais être à jour, de pouvoir toujours ouvrir une nouvelle porte, lancer une nouvelle automatisation.

Elle raconte avoir elle-même vécu des journées entières où, à la fin, elle se demandait ce qu’elle avait réellement accompli : elle avait piloté des IA, créé des données, des templates, des dashboards, mais sans que cela serve concrètement son business. Le ratio entre l’effort fourni (poser une question) et ce qu’on récupère (un rapport, une tâche terminée) est tellement favorable qu’on a tendance à ouvrir toutes les portes en même temps, sans discernement.

En outre, l’IA amplifie ce qu’on lui donne comme direction. Si cette direction n’est pas claire, elle amplifie le désordre. Si elle est claire, elle amplifie l’impact.

COMMENT IDENTIFIER LE 20 % QUI COMPTE VRAIMENT DANS SON BUSINESS

Marjolaine s’appuie sur la règle du 80-20 : 20 % du temps investi produit 80 % du plaisir, de l’impact et du chiffre d’affaires. Après 2 ans et demi à développer le Bootcamp IA, elle a fait l’exercice de regarder ses chiffres (temps passé, impact, chiffre d’affaires par cohorte) pour identifier ce qui faisait réellement bouger les lignes dans son activité.

Pour y parvenir, elle a eu une conversation avec Claude où elle lui a demandé d’analyser comment elle passait ses journées, en lui donnant accès à son agenda, ses mails, son Notion et ses comptes rendus de calls. L’objectif : obtenir le modèle de business le plus agile possible, pas forcément le plus gros en chiffre d’affaires, mais le plus débarrassé de tâches qui ne créent pas de valeur.

Voici la méthode qu’elle recommande pour reproduire cet exercice :

  • lancer une conversation avec son IA en lui donnant accès à son agenda, ses mails et ses notes des 12 derniers mois,
  • si on n’a pas d’historique numérique, prendre en photo son agenda papier et le soumettre à l’IA,
  • demander à l’IA d’analyser où le temps est perdu sur des tâches répétitives sans valeur ajoutée,
  • lui demander aussi ce qu’on ne fait pas et qu’on aimerait faire, mais qui semble impossible à la main,
  • lui faire proposer plusieurs automatisations classées par ratio impact/effort,
  • avant de regarder les résultats, prendre un papier et un crayon et réfléchir soi-même à ce qui pompe le plus d’énergie au quotidien.

Un indicateur revient souvent dans son discours : la sensation physique. Selon elle, le corps ressent différemment l’énergie dépensée sur les 20 % qui comptent (exaltante, même fatigante positivement) par rapport aux 80 % restants (qui pompent de l’énergie sans donner grand-chose en retour).

COMMENT CONSTRUIRE DE VRAIS AGENTS IA UTILES À SON BUSINESS

Marjolaine distingue clairement une automatisation ponctuelle d’un véritable agent, qu’elle préfère d’ailleurs appeler une compétence (un skill dans Claude). Un agent, ce n’est pas un prompt ponctuel en mode chat où l’on recommence à zéro à chaque fois : c’est une compétence que l’IA a acquise une bonne fois pour toutes, avec ses scripts et ses connexions déjà en place.

Voici les agents concrets qu’elle utilise au quotidien :

  • un compte rendu automatique de chaque réunion, enregistrée via Fireflies, reformaté à ses couleurs et à son ton, puis envoyé à ses interlocuteurs,
  • un agent Brevo qui implémente directement ses campagnes mail (textes rédigés sur Notion) dans l’outil d’emailing, avec mise en forme, redimensionnement des images et template,
  • un dashboard Notion qui centralise automatiquement les performances de ses campagnes mail, jour après jour,
  • un prompt envoyé à ses élèves avant chaque début de Bootcamp IA, qui remplace le traditionnel formulaire d’attentes : l’élève discute avec sa propre IA de ses objectifs et blocages, puis envoie le compte rendu à Marjolaine, qui le centralise pour avoir une vision de sa cohorte.

Un exemple marquant : l’agent Brevo. Elle travaillait auparavant avec un freelance frustré de passer son temps sur de l’exécution plutôt que sur de la stratégie. Ensemble, ils ont formé un agent qui reproduit exactement sa façon de faire ses mails. Résultat : le freelance s’est recentré sur des missions plus stratégiques, et Marjolaine gère aujourd’hui seule l’intégralité de ses campagnes, en se contentant de vérifier avant l’envoi. Un agent bien formé ne remplace pas une collaboration humaine : il la libère des tâches répétitives pour la recentrer sur ce qui a vraiment de la valeur.

Le quiz construit en 2h grâce à l’IA

Petit exemple concret et chiffré qui illustre bien le gain de temps permis par l’IA : Marjolaine avait en tête depuis longtemps l’idée d’un quiz pour évaluer le niveau de maîtrise de l’IA de son audience. Elle a procrastiné ce projet pendant longtemps, car il lui paraissait trop lourd à construire seule.

Finalement, en donnant à Claude tout le contenu de son Bootcamp IA (ce qu’elle propose, pourquoi, pour qui), elle a conçu ce quiz en 2 à 3h, terminé dans la journée. Ce que ça montre, c’est qu’à partir du moment où l’on dispose déjà de la matière (son expérience, ses contenus, ses idées), l’IA permet de la transformer en un format utilisable avec une fraction du temps qu’il aurait fallu auparavant.

COMMENT ÉVITER DE CRÉER UNE USINE À GAZ INUTILE

C’est l’un des points les plus cash de l’échange : il ne faut pas se laisser griser par la fameuse nuit blanche du cowork, ce moment où l’on découvre la puissance de l’IA et où l’on a envie de tout automatiser. Marjolaine raconte avoir elle-même connu cette phase, il y a un an et demi, en créant ses premiers agents connectés à plusieurs outils.

Le problème, selon elle, c’est que trop d’automatisations finissent par créer du bruit plutôt que de la valeur. Elle cite l’exemple très parlant des notifications qu’on ne lit plus au bout de quelques semaines : un compte rendu automatique envoyé chaque jour, mais jamais ouvert depuis des mois. Elle est elle-même revenue en arrière sur certaines automatisations de veille, en recentrant son usage de l’IA sur ce qu’elle appelle son plus petit cockpit : les 3 éléments qui comptent réellement pour elle (son Bootcamp, ses élèves, le contenu, la newsletter).

Sa recommandation : demander explicitement à son IA de vérifier régulièrement qu’on ne s’éparpille pas, en lui donnant comme consigne de challenger la pertinence de chaque nouvelle automatisation par rapport aux objectifs fixés.

POURQUOI LA CLÉ N’EST PAS LA TECHNIQUE MAIS L’INTENTION

Selon Marjolaine, la seule chose vraiment nécessaire pour bien travailler avec l’IA, c’est d’être au clair sur son intention, et de savoir la communiquer. Pas besoin d’anticiper tout le processus technique : l’IA est aujourd’hui suffisamment avancée pour proposer elle-même les étapes et poser les bonnes questions.

Elle utilise une image parlante : au restaurant, on commande un plat, on ne va pas en cuisine expliquer au chef comment cuire sa viande. Avec l’IA, le principe est le même : on exprime le résultat souhaité, on laisse l’IA gérer l’exécution.

Elle évoque aussi un changement récent dans la façon dont les IA interagissent : elles posent désormais elles-mêmes des questions de clarification avant d’exécuter une tâche, avec des recommandations suggérées. Un vrai gain de temps pour les personnes qui ont tendance à se disperser, notamment celles qui se reconnaissent dans les traits du TDAH : l’IA peut alors jouer un rôle de buddy, un coéquipier qui démarre le brouillon d’une tâche pour désamorcer le sentiment de montagne à gravir.

QUELLE EST L’ERREUR NUMÉRO UN À ÉVITER AVEC L’IA ?

Pour Marjolaine, l’erreur la plus fréquente chez les élèves de son Bootcamp, c’est de croire qu’il faut tout comprendre et tout maîtriser avant de se lancer. Elle observe des personnes paralysées par des questions techniques (faut-il utiliser le mode chat ou cowork, ChatGPT ou Claude, un PowerPoint ou une page HTML) alors que ce n’est pas la bonne porte d’entrée.

Son message est clair : travailler avec l’IA n’est pas un tutoriel avec un process figé, c’est une posture. Elle a d’ailleurs renommé le premier module de son Bootcamp, qui s’appelait autrefois « l’art du prompt », en « les bases de l’IA », pour insister sur l’état d’esprit plutôt que sur la technique.

Elle propose un exercice simple à tester : prendre la tâche qui paraît la plus difficile ou la plus impossible à réaliser seul, et se donner 20 à 30 min pour la soumettre à l’IA. Elle raconte avoir elle-même testé cet exercice en créant, en moins de 20 min et sans aucune expérience préalable de Claude Code, un dashboard de suivi de son projet personnel de remise en forme, connecté à un tableau Notion existant. On se met souvent des limites dans sa tête qui n’existent pas dans la réalité de ce que l’outil permet.

COMMENT UTILISER L’IA SANS PERDRE SA VOIX DANS LE CONTENU

C’est le point de vigilance le plus important de l’épisode, notamment pour tout ce qui touche à la rédaction. Marjolaine est très claire : elle ne demande jamais à l’IA d’écrire à sa place. Elle a testé, y compris en donnant à l’IA 5 ans d’historique de ses newsletters, et le résultat n’a jamais été probant.

En revanche, elle utilise Claude comme :

  • un assistant pour construire son calendrier éditorial, en analysant les campagnes passées et leurs résultats,
  • une aide pour lister les points clés à aborder dans chaque mail, sans jamais rédiger les phrases finales à sa place,
  • un éditeur rigoureux une fois qu’elle a écrit un premier jet, à qui elle demande de challenger ses idées, de repérer la phrase clé noyée dans un paragraphe, ou de signaler si plusieurs idées se mélangent dans un même mail.

Elle insiste sur un terme qu’elle juge essentiel : elle utilise l’IA comme un éditeur, jamais comme un rédacteur. Elle évoque aussi le phénomène de l’AI Slop (un contenu généré par IA reconnaissable à son design et son écriture génériques), qu’elle a observé en conférence chez un intervenant qui avait laissé l’IA rédiger l’intégralité de ses slides sans se les approprier : le résultat manquait de fluidité, car ce n’étaient plus ses mots. Une fois qu’on a compris que l’IA peut tout faire, le vrai travail consiste justement à ne pas tout lui déléguer, en particulier ce qui touche à sa propre voix et à sa crédibilité.

À la question de savoir par où commencer quand on a un week-end disponible pour automatiser son business, Marjolaine est honnête : il n’y a pas de réponse universelle, car chaque métier, chaque activité a ses propres priorités. Sa recommandation reste la même conversation de départ avec l’IA, en l’alimentant avec ses outils existants ou, à défaut, avec des photos de son agenda papier, pour identifier soit une tâche chronophage à déléguer, soit un approfondissement possible dans l’accompagnement de ses clients.

RETROUVEZ MARJOLAINE GRONDIN


Vous l’avez vu avec cet échange entre Aline et Marjolaine Grondin : déléguer son business à l’IA ne s’improvise pas. Il faut d’abord clarifier son intention avant de se lancer, car sans direction claire, l’IA amplifie la dispersion plutôt que de la résoudre. Il faut ensuite identifier le 20 % qui compte vraiment dans son activité, construire de vrais agents utiles plutôt que d’empiler des automatisations inutilisées, et surtout éviter l’usine à gaz qui finit par créer du bruit. Vous avez aussi vu l’importance de garder sa voix propre dans tout ce qui touche au contenu, en utilisant l’IA comme un éditeur rigoureux plutôt que comme un rédacteur à sa place. Ce qu’il faut retenir, c’est que la posture compte bien plus que la technique : osez tester, même sans tout maîtriser. Et si vous voulez structurer votre propre système de contenu et de conversion en vous aidant de l’IA, retrouvez mon Bootcamp Signed..


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