Aujourd’hui, on va voir ce que la science dit vraiment sur l’atteinte de ses objectifs, loin des conseils génériques qu’on entend partout. Il y a quelques semaines, j’ai fait un épisode sur pourquoi on n’atteint pas ses objectifs. Ça m’a tellement travaillée que je suis partie dans un véritable tunnel de recherche : j’ai épluché des études scientifiques menées sur plusieurs dizaines d’années pour comprendre, cette fois, ce qui fait qu’on atteint réellement un objectif. Pas des banalités du type « il faut un objectif SMART » ou « il faut un plan d’action », mais de vraies informations, issues de recherches mettant en exergue des mécanismes psychologiques qu’on ignore complètement la plupart du temps.
Pour plus de cohérence, j’ai découpé le sujet en 5 étapes du cycle de vie d’un objectif : fixer l’objectif, le planifier, le démarrer, le tenir dans la durée et enfin l’atteindre. Pour chacune, on va voir ce qui relève du mythe, ce qui est validé par la science, et surtout les astuces concrètes à appliquer dans votre business. Vous allez voir que ce n’est ni une question de motivation, ni de discipline pure, mais que de petits mécanismes invisibles changent littéralement la donne dès qu’on les connaît. Allez, c’est parti !
1. FIXER L’OBJECTIF : POURQUOI LA MÉTHODE SMART NE SUFFIT PAS
Quand on parle de fixer un objectif, on nous parle presque toujours des objectifs SMART : spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes, temporels. C’est un bon point de départ, et rien que le fait de formuler un objectif de cette façon vous place déjà devant la majorité des gens.
Mais il faut savoir une chose : la méthode SMART ne vient pas de la recherche scientifique. C’est un article sur le management paru en 1981, écrit par George T. Doran. C’est une bonne méthode qui a fait ses preuves dans la pratique, mais elle n’a jamais été validée par un protocole scientifique rigoureux.
En creusant le sujet, je suis tombée sur une étude de Locke et Latham, publiée en 2002, qui synthétise plus de 30 ans de recherche sur la fixation des objectifs. Sa conclusion est claire : se fixer un objectif difficile mais mesurable génère de bien meilleurs résultats qu’un objectif facile ou vague, du type « je vais faire de mon mieux » ou décidé au doigt mouillé.
Ça rejoint un peu l’idée du « visez la lune, au pire vous atterrirez dans les étoiles ». Si vous vous fixez un objectif trop confortable, vous ne saurez jamais jusqu’où vous auriez pu aller. Vous resterez dans votre zone de confort sans explorer votre plein potentiel.
Le second enseignement de cette étude, c’est que l’objectif doit être spécifique et chiffrable, pour qu’on puisse objectivement dire s’il est atteint ou non. Si votre objectif est « améliorer mon état de santé mentale d’ici la fin de l’année », tout dépendra de votre humeur le jour où vous ferez le bilan. Un objectif flou laisse trop de place à l’interprétation.
Concrètement, en business, ça donne :
- au lieu de « développer mon business », dites plutôt « trouver 8 nouveaux clients d’ici le 31 décembre »,
- au lieu de « être visible sur les réseaux sociaux », dites « gagner X abonnés »,
- ou encore mieux, fixez-vous un objectif à 100 % sous votre contrôle, comme « poster X contenus par semaine jusqu’à la fin de l’année ».
La science ne contredit pas totalement la méthode SMART, mais elle nuance fortement le critère « atteignable ». Un objectif trop facile n’est pas un gage de réussite, c’est même potentiellement un frein à votre plein potentiel.
2. PLANIFIER SON OBJECTIF : LA LOI DE PARKINSON ET LE PIÈGE DE LA SOUS-ESTIMATION
Quand on parle de planification, on entend souvent parler de la loi de Parkinson : une tâche prend le temps qu’on lui accorde. Si vous bloquez une heure pour une tâche, elle prendra une heure. Si vous ne bloquez que 20 minutes, elle prendra 20 minutes. C’est d’ailleurs le principe derrière toutes les techniques de time blocking, que j’utilise moi-même pour organiser mes journées.
Mais la science nous dit autre chose de très important sur l’atteinte des objectifs : on sous-estime systématiquement le temps nécessaire pour accomplir une tâche, même quand on l’a déjà faite.
Une étude menée par Buehler en 1994 a demandé à des étudiants combien de temps il leur faudrait pour terminer leur mémoire. La réponse moyenne : 34 jours. Quand on leur demandait d’imaginer le pire scénario possible, la réponse montait à 49 jours. Et dans les faits, le temps réel moyen était de 55 jours. Même leur scénario catastrophe était encore trop optimiste.
Ce biais a été confirmé par une autre étude, menée en 1979 par Kahneman et Tversky, qui montre qu’on sous-estime systématiquement le temps nécessaire pour accomplir une tâche, même quand on l’a déjà réalisée par le passé. Je le vis moi-même très concrètement : quand je dois écrire ma newsletter hebdomadaire, je me dis à chaque fois « en 1h c’est fait », et dans les faits il me faut plutôt 1h20 à 1h30.
Ce que ça signifie pour vous : quand vous estimez le temps que va vous prendre un objectif, ajoutez systématiquement 50 % à votre estimation. Si vous pensez qu’une tâche va vous prendre un mois, prévoyez un mois et demi. Si vous pensez qu’elle va vous prendre 6 mois, prévoyez-en 9. Ce n’est pas le conseil le plus excitant du monde, mais c’est celui qui vous évitera le plus de déceptions.
La deuxième astuce de planification vient d’une étude de Gollwitzer et Sheeran, qui identifie l’une des techniques les plus validées en psychologie sur l’atteinte des objectifs : le mécanisme du « si, alors ». Il consiste à relier un déclencheur précis à une action précise, pour que votre cerveau n’ait plus à décider quand et comment passer à l’action.
En business, ça peut donner :
- si on est mardi et qu’il est 9h, alors j’envoie 5 messages de prospection avant d’ouvrir Instagram,
- si on est lundi, qu’il est 13h et que je viens de terminer mon repas, alors je me mets à mon bureau pour rédiger 3 posts LinkedIn.
Vous pouvez pousser ce mécanisme encore plus loin avec ce qu’on appelle le habit stacking (empiler les habitudes), un concept popularisé par le livre Atomic Habits. L’idée : accrocher une nouvelle habitude à une habitude déjà existante. Par exemple, si vous voulez boire plus d’eau, vous pouvez décider que chaque fois que vous revenez des toilettes, vous buvez un verre d’eau. Vous accrochez une nouvelle habitude à un automatisme déjà en place, ce qui rend le passage à l’action beaucoup plus naturel.
3. DÉMARRER L’OBJECTIF : LE MYTHE DES 92 % DE RÉSOLUTIONS ABANDONNÉES
Il circule un chiffre partout sur internet : 92 % des résolutions de nouvelle année seraient abandonnées au bout de quelques semaines. Mais en creusant, je n’ai trouvé aucune étude sérieuse qui le valide.
En revanche, la science a des choses très précises à dire sur le démarrage d’un objectif. Une étude de Dai, Milkman et Riis, publiée en 2014, montre que se fixer une date symbolique de démarrage augmente fortement les chances de passer à l’action et de tenir sur la durée. Que ce soit « lundi je commence », « le mois prochain je m’y mets » ou « le 1er janvier, nouvelles résolutions », avoir une date de départ claire dans la tête facilite le passage à l’action, contrairement à l’idée reçue qui dit qu’il faudrait toujours commencer « maintenant ».
Attention toutefois à un piège bien identifié par la science : l’effet « foutu pour foutu », étudié notamment par Polivy et Herman dans leurs travaux sur les régimes alimentaires. C’est ce mécanisme qui vous fait penser « j’ai mangé un cookie, autant manger tout le paquet et je reprendrai demain ». Se fixer une date de démarrage ne veut pas dire que tout est permis en attendant cette date. Il faut se méfier de ce relâchement qui précède le vrai démarrage.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une date de démarrage claire booste votre engagement et votre capacité à tenir dans la durée, à condition de ne pas tomber dans le piège du « je me lâche en attendant ».
4. TENIR SON OBJECTIF DANS LA DURÉE : LES 5 LEVIERS VALIDÉS PAR LA SCIENCE
C’est la partie la plus riche de mes recherches, celle où j’ai trouvé le plus de pépites concrètes à appliquer.
Le mythe des 21 jours pour créer une habitude
On entend partout qu’il faut 21 jours pour installer une nouvelle habitude. C’est faux. Une étude menée par Philippa Lally en 2009, qui a suivi 96 personnes pendant environ 12 semaines, montre que la moyenne réelle est de 66 jours, et que selon l’habitude concernée, le délai peut varier de 18 jours à 254 jours. Autrement dit, si une habitude met du temps à s’installer dans votre quotidien, ce n’est pas que vous faites mal les choses, c’est juste normal.
L’auto-efficacité : prouver à son cerveau qu’il en est capable
Une étude d’Albert Bandura, menée en 1977, sur le concept d’auto-efficacité montre que si vous arrivez à prouver à votre cerveau que vous êtes déjà capable de faire quelque chose, parce que vous l’avez fait par le passé ou sur une tâche similaire, vous avez beaucoup plus de chances de tenir votre objectif. C’est ce qu’on observe chez les personnes qui ont fait du sport étant jeunes, arrêté pendant des années, puis repris : elles se disent « je l’ai déjà fait, je suis capable de le refaire ».
Concrètement, si un objectif vous fait peur, allez chercher dans votre passé une expérience similaire où vous avez déjà prouvé à votre cerveau que vous en étiez capable, même si le contexte était différent.
L’accountability partner : partager ses objectifs avec les bonnes personnes
Une étude de Gail Matthews, menée auprès de 150 personnes réparties en deux groupes, montre un écart impressionnant. Le groupe qui annonçait ses objectifs à des pairs ou des mentors respectés réussissait en moyenne à 76 %. Le groupe qui gardait ses objectifs pour lui réussissait seulement à 43 %.
La nuance importante ici : ça ne fonctionne que si vous partagez vos objectifs avec des personnes dont l’opinion compte vraiment pour vous. Si vous en parlez à votre conjoint mais qu’il n’y accorde pas d’interêt sincère, ça ne jouera pas le même rôle moteur. Il faut un véritable accountability partner ou business buddy, quelqu’un à qui vous avez envie de faire un compte-rendu positif.
Le regroupement de tentations
Une étude de Katherine Milkman montre qu’en associant une tentation (quelque chose qui vous fait plaisir) à une corvée (l’habitude que vous voulez instaurer), vous augmentez vos chances de passer à l’action. Dans son expérience, des personnes qui s’interdisaient d’écouter leur livre audio préféré en dehors de la salle de sport avaient entre 30 et 50 % de chances en plus de s’entraîner régulièrement.
En business, ça peut donner :
- je ne m’autorise mon Uber Eats que si j’ai publié mes contenus de la semaine,
- je ne m’autorise un soin ou un moment pour moi que si j’ai atteint tel ou tel objectif.
L’effet de progression offerte
Une étude de Nunes et Drèze, publiée en 2006, a observé deux groupes de personnes recevant des cartes de fidélité pour un lavage auto. Le premier groupe avait une carte vierge avec 8 tampons à remplir pour obtenir un lavage gratuit. Le second groupe avait une carte avec 10 tampons à remplir, mais 2 étaient déjà cochés au départ, ce qui revenait au même nombre d’actions à faire.
Résultat : 19 % des personnes du premier groupe ont complété leur carte, contre 34 % dans le second groupe. Le cerveau est bien plus motivé par un objectif déjà en cours que par un objectif qui démarre de zéro.
C’est exactement le mécanisme utilisé par LinkedIn quand il vous affiche « votre profil est complet à 80 % » : vous avez la sensation d’un travail déjà accompli, ce qui vous pousse à finir, plutôt que de vous dire « remplissez votre profil, ça prend 2 minutes », ce qui donne l’impression de partir de zéro.
Pour l’appliquer à votre business, vous pouvez volontairement ajouter à votre to-do list des tâches que vous faites déjà machinalement, pour les cocher dès le matin. Cela active immédiatement un sentiment de progression qui vous pousse à avancer plus vite sur le reste de votre liste.
5. ATTEINDRE SON OBJECTIF : POURQUOI LA NATURE DE L’OBJECTIF COMPTE
Pour cette dernière étape, je n’avais pas de mythe précis à déconstruire, mais une vraie question à creuser : est-ce que la nature même d’un objectif influence nos chances de l’atteindre ?
Une étude de Kasser et Ryan montre que le choix de l’objectif compte énormément. Les objectifs extrinsèques, comme l’image, l’argent pour l’argent ou le statut social, sont plus difficiles à atteindre, et même une fois atteints, ils apportent moins de bien-être durable.
Ça rejoint l’étude de Brickman de 1978, très connue, menée auprès de gagnants au loto. Après la période d’euphorie initiale, ces personnes revenaient à leur niveau de bonheur d’avant le gain. C’est ce qu’on appelle l’adaptation hédonique : on a un niveau de bonheur de base, et même les gros pics de joie finissent par redescendre vers ce niveau initial. Travailler ce niveau de base demande bien plus que gagner de l’argent ou perdre du poids.
À l’inverse, les objectifs intrinsèques, liés à la progression personnelle, aux relations ou à la contribution, améliorent durablement le bien-être et augmentent les chances réelles d’atteindre l’objectif.
Ce que ça signifie concrètement pour vous : posez-vous la question du driver derrière chaque objectif. Pourquoi est-ce que je veux atteindre ça ? Qu’est-ce que ça dit de moi ? Est-ce que c’est motivé par une reconnaissance extérieure, ou par quelque chose de plus profond ?
J’ajoute ici ma propre conviction : il faut choisir un objectif dont on va aimer le chemin autant que le résultat. L’entrepreneuriat est une course sans ligne d’arrivée définitive. Dès qu’on franchit un sommet, on en voit un autre. Si vous n’êtes pas capable d’apprécier le trajet, les efforts, le travail sur vous-même, vous risquez d’être malheureux pendant très longtemps, même en progressant.
LA MÉTHODE WOOP POUR FIXER VOS PROCHAINS OBJECTIFS
Pour conclure cette exploration scientifique, j’avais envie de vous proposer une méthode qui reprend tous ces grands principes, et que je trouve beaucoup plus intelligente que SMART ou RAMPS. C’est la méthode WOOP (W-O-O-P), que je vais moi-même tester sur mes prochains objectifs.
- W pour Wish (souhait) : qu’est-ce que vous souhaitez atteindre, avec un chiffre qui rend l’objectif mesurable,
- O pour Outcome (résultat) : qu’est-ce que ça va concrètement changer pour vous, quel est le driver réel derrière cet objectif,
- O pour Obstacle : qu’est-ce qui, chez vous, risque de bloquer l’atteinte de cet objectif (le temps, la motivation, les compétences techniques, la dispersion),
- P pour Plan : vous appliquez le mécanisme du « si, alors » à chaque obstacle identifié, pour anticiper votre réaction avant même qu’il ne se présente.
Cette méthode a l’avantage de combiner la clarté de l’objectif, la connexion à votre motivation profonde, l’anticipation des obstacles et un plan d’action concret, le tout appuyé par les mécanismes scientifiques vus dans cet article.
Vous voyez, l’atteinte de vos objectifs n’a rien à voir avec une question de volonté pure : c’est une vraie mécanique à comprendre. On a vu qu’il faut fixer un objectif précis et inconfortable, loin de la zone de confort. On a vu qu’en planification, mieux vaut toujours ajouter 50 % de temps supplémentaire et utiliser la technique du « si, alors ». Pour démarrer, une date symbolique fonctionne mieux que l’urgence, à condition d’éviter l’effet foutu pour foutu. Pour tenir dans la durée, misez sur l’auto-efficacité, un véritable accountability partner, le regroupement de tentations et l’effet de progression offerte. Et pour atteindre réellement vos objectifs, interrogez toujours votre driver profond plutôt que la reconnaissance extérieure. Ce qu’il faut retenir, c’est que les petits mécanismes invisibles comptent souvent plus que la discipline affichée. Et si vous sentez que vous avez besoin de faire le point sur vos motivations intrinsèques, je vous invite à télécharger mes 21 questions introspectives pour faire le point et retrouver du sens dans votre business.
